Les jeux paralympiques de Paris 2024, quel impact pour le parasport ?

Synthèse réalisée par un guide bénévole BINOMES et membre de l’association BINOMES


I.Les jeux paralympiques de Paris 2024, une mise en lumière nécessaire, mais imparfaite

Les Jeux paralympiques occupent une place majeure dans la représentation collective du handicap. Ils offrent une visibilité inédite aux parathlètes qualifiés et aux disciplines représentées, mais cette mise en lumière reste circonscrite à un univers très spécifique. À eux seuls, ces Jeux ne sauraient rendre compte de la pluralité des pratiques et des réalités vécues par les personnes concernées.

I.A. Les JOP : Un événement incontournable pour les parathlètes



Les Jeux paralympiques mettent de mettre à l’honneur des parathlètes dont les parcours de vie témoignent d’une grande ténacité. Leur histoire, souvent marquée par des ruptures (maladie, accident, parcours institutionnel), montre comment le sport peut devenir un levier de (re)construction et d’affirmation personnelle. Des athlètes tels qu’Alexis Hanquinquant (triathlon), Sandrine Martinet (judo) ou encore Charles Rozoy (natation) témoignent, en France, de cette dynamique. Au-delà des performances sportives, ces parcours renvoient à une diversité d’expériences corporelles et sociales qui élargissent notre compréhension du sport. 

Ces Jeux offrent également une visibilité ponctuelle à des disciplines peu médiatisées comme le cécifoot, le rugby-fauteuil ou la boccia. Comme le souligne Otto Schantz dans *Inflexions* (2019, p. 95), ces compétitions permettent de remettre en question certaines idées reçues sur le handicap, en mettant en avant des corps engagés dans l’effort, la maîtrise et l’endurance. 

Cette mise en lumière, centrée sur le sport de haut niveau, ne saurait toutefois refléter la diversité des pratiques et des vécus sportifs des personnes en situation de handicap.



Références :

- Otto Schantz, Inflexions, 2019, « Corps et handicaps », p. 91-95.

- Revue Études, juillet 2024, dossier « L’intégration du handicap aux Jeux olympiques et paralympiques », p. 45-52.


I.B. Une fenêtre prestigieuse, mais étroite


Si les Jeux paralympiques jouent un rôle central dans la visibilité du sport et du handicap, ils ne permettent pas à eux seuls de rendre compte de la diversité des situations vécues. Leur forte médiatisation peut donner l’illusion d’une dynamique générale, alors même qu’ils ne concernent qu’un nombre restreint de pratiquants. Il est naturel que l’accès au haut niveau reste limité : ce n’est pas un problème en soi. Ce qui interroge, en revanche, c’est le fait que cette vitrine prestigieuse en vienne souvent à représenter, dans l’esprit du public et des institutions, l’ensemble de la pratique sportive des personnes en situation de handicap. Comme le rappelle le rapport de l’INJEP (Handisport et sport de haut niveau, 2024, p. 11), moins de 0,02 % des personnes concernées accèdent au haut niveau. 

Dans ces conditions, appréhender le sport à travers ce seul prisme revient à ignorer les multiples formes de pratique, les enjeux d’accessibilité, les parcours non compétitifs et les attentes très diverses des pratiquants. Les Jeux paralympiques, aussi importants soient-ils, ne peuvent à eux seuls incarner la complexité du champ.



Références :

- INJEP, Handisport et sport de haut niveau, édition 2024, p. 11.

- IFOP, Le regard des Français sur les Jeux paralympiques, octobre 2024, p. 10.


II - VERS UNE APPROCHE PLUS REPRÉSENTATIVE



Au fil des années, les Jeux paralympiques ont inspiré les travaux en sciences humaines et sociales qui, appuyés sur une méthodologie rigoureuse, interrogent les conditions réelles d’accès et de participation au sport pour les personnes en situation de handicap. Ancrées dans le réel, ces études interrogent les dispositifs en place, mettent en lumière les conditions d’une pratique partagée et participent à déconstruire certaines représentations réductrices voire erronées. Elles invitent ainsi à dépasser une lecture strictement compétitive ou héroïque du sport, pour en saisir la portée éducative, relationnelle et sociale.



II.A. Un accès au sport encore très inégal

Les données disponibles montrent que les personnes en situation de handicap restent nettement moins nombreuses que l’ensemble de la population à pratiquer une activité physique ou sportive. D’après l’étude menée par l’INJEP en 2024 (Pratique sportive des personnes en situation de handicap, p. 6-7), seules 48 % des personnes en situation de handicap déclarent pratiquer une activité sportive, contre 66 % dans la population générale. Cette différence s’accentue avec la nature et la sévérité du handicap : les personnes en situation de handicap moteur ou visuel sont parmi les moins nombreuses à déclarer une pratique régulière.

Les écarts sont également marqués selon l’âge. La pratique sportive est plus répandue chez les jeunes adultes, mais tend à diminuer fortement après 50 ans. Cet effet d’âge, déjà observable dans la population générale, est accentué chez les personnes en situation de handicap, en lien avec la fatigue, les douleurs chroniques ou l’isolement social.

Une personne en situation de handicap sur cinq déclare ne jamais faire de sport, soit deux fois plus que dans l’ensemble de la population. Les obstacles sont multiples : accessibilité des équipements, rareté des offres adaptées, manque de transports, coût ou encore absence de structures proches. Ce constat est confirmé par les données de la DREES (Le handicap en chiffres, 2024, p. 37-40), qui soulignent la persistance d’un écart structurel malgré les politiques publiques en faveur de l’intégration sportive.

Ces inégalités ne traduisent pas un manque d’intérêt pour le sport, mais un décalage entre l’offre disponible et les besoins réels. Le sport, bien que souvent présenté comme vecteur d’intégration, demeure un domaine où l’exclusion reste fréquente, parfois silencieuse.



Références :

- INJEP, Pratique sportive des personnes en situation de handicap, édition 2024, p. 6-7.

- DREES, Le handicap en chiffres, édition 2024, p. 37-40.

II.B. Freins persistants et conditions favorables à la pratique

Les inégalités d’accès à la pratique sportive ne sont pas le fruit du hasard : elles s’expliquent par une combinaison de freins identifiés. L’étude de l’INJEP (2024, p. 9-12) en dresse un panorama précis. 

Les premiers sont d’ordre matériel : manque d’accessibilité des équipements, rareté des offres de proximité, absence de transports adaptés. Concernant ce dernier point, l’exemple du métro parisien, qui devaient initialement être intégralement vocalisé à l’occasion des Jeux 2024, est éloquent. Dans les faits, seuls quelques lignes ou stations bénéficient d’annonces vocales claires et systématiques. Cette promesse non tenue illustre le retard persistant de la France dans la mise en accessibilité universelle des transports en commun, comparé à des pays comme la Suède ou le Canada, où l’accessibilité auditive est depuis longtemps intégrée dans les standards de transport urbain. 

Ces difficultés sont souvent amplifiées dans les zones rurales. D’autres freins sont d’ordre social ou organisationnel : difficulté à trouver un encadrement formé, appréhension liée au regard des autres ou à un sentiment d’illégitimité ou d’être mis à l’écart, méconnaissance des dispositifs existants.

En miroir, certains facteurs apparaissent comme déterminants pour favoriser l’engagement. La présence d’un encadrant formé et attentif, un accueil personnalisé, la possibilité de pratiquer avec d’autres sans stigmatisation, ou encore un environnement sécurisant sont souvent cités comme des éléments décisifs. La DREES (Le handicap en chiffres, 2024, p. 42-43) souligne également l’importance du soutien familial et du réseau relationnel, notamment chez les plus jeunes et les personnes en perte d’autonomie.

Ces éléments montrent que la pratique sportive ne peut être pensée indépendamment de l’environnement dans lequel elle s’inscrit. L’amélioration de l’accès ne repose pas uniquement sur l’individu, mais sur la capacité collective à lever les obstacles structurels.

Références :

- INJEP, Pratique sportive des personnes en situation de handicap, 2024, p. 9-12.

- DREES, Le handicap en chiffres, 2024, p. 42-43.

III - REPRÉSENTATIONS SOCIALES ET PRÉJUGES des personnes en situation de handicap

Les Jeux paralympiques de Paris 2024 ont contribué à façonner l'image que la société française se fait des personnes en situation de handicap. Toutefois, entre les discours publics, les réalités individuelles et les représentations collectives, des décalages significatifs persistent.

III.A - Une représentation contrastée des handicaps

L’étude IFOP menée en novembre 2024 pour le magazine Ombres & Lumière met en lumière une hiérarchie dans la manière dont les différents types de handicaps sont perçus. Les handicaps sensoriels sont les mieux acceptés (58 % des personnes se disent « à l’aise »), devant les handicaps moteurs (53 %), mentaux (42 %) et psychiques (28 %). Ces chiffres, en recul par rapport à ceux de 2021, traduisent un climat de fragilisation des représentations positives.

La disparité d’acceptation se reflète dans les comportements quotidiens : de nombreux répondants disent éviter le contact ou ne pas savoir comment interagir avec certaines personnes en situation de handicap, notamment en raison de la peur de mal faire. À cela s’ajoute une méconnaissance persistante des réalités de vie : les limitations sont souvent assimilées à une incapacité globale, alors qu’elles n’affectent qu’un ou plusieurs aspects précis du quotidien.

Cette méconnaissance touche particulièrement les handicaps invisibles ou fluctuants - tels que les troubles cognitifs, les douleurs chroniques ou les fatigues invalidantes - qui, faute de signes extérieurs, sont souvent absents des politiques publiques ou mal pris en compte dans les représentations collectives.



Références :

- IFOP pour Ombres & Lumière, novembre 2024.

III.B - La déficience visuelle, entre préjugés et occultation

Un focus sur le handicap visuel, à partir de l'enquête IFOP pour l'UNADEV (septembre 2024), révèle l'étendue des idées reçues encore présentes dans la population. 86 % des Français adhèrent à au moins un préjugé sur la vie quotidienne des personnes en situation de handicap visuel : ils les imaginent ne pouvant pas partir seules en vacances, ne pas cuisiner seules, ou encore devoir éviter les lieux culturels. Ces idées fausses peuvent conduire à des attitudes surprotectrices, voire infantilisantes, dans les interactions sociales.

D'ailleurs, près d'une personne sur deux déclare ne pas savoir comment se comporter avec une personne aveugle, de peur de faire une maladresse ; un tiers évite même d'utiliser des mots comme "voir" ou "regarder". Ce malaise peut freiner les échanges et nourrir une forme d'évitement social, même involontaire.

Dans le domaine du sport, ces représentations ont des conséquences concrètes. Les capacités sportives des personnes déficientes visuelles sont souvent sous-estimées. Si la majorité des Français se disent favorables à l'intégration sportive, seuls 19 % estiment, par exemple, qu'une personne aveugle peut pratiquer le tir à l'arc ou l'escalade. Cette réduction des possibles alimente une forme d'invisibilisation dans les pratiques sportives dites ordinaires, en dehors du cadre institutionnel du handisport.


Références :

- IFOP pour UNADEV, novembre 2024.


IV - Décalages entre représentations et réalités



Au-delà des représentations, des écarts subsistent entre la perception du handicap et les réalités vécues. Cette partie interroge ces décalages persistants et leurs effets concrets.


IV.A - Une volonté affichée, des attitudes ambivalentes



Les résultats des enquêtes mettent en évidence une forme de dissonance entre la volonté d’intégration exprimée par la majorité des Français et les comportements observés. Si 77 % affirment vouloir accorder une attention particulière aux personnes malvoyantes, nombreux sont ceux qui continuent de douter de leur autonomie ou de leur capacité à participer à des activités exigeantes, notamment dans les domaines culturels et sportifs.

Ce regard réducteur contraste avec les données disponibles : en France, plus de 14 millions de personnes vivent avec au moins une limitation fonctionnelle importante, dont près de 7 % avec une limitation sensorielle (vue ou audition). Parmi elles, beaucoup pratiquent une activité sportive ou culturelle, souvent dans des contextes peu visibles du grand public.

Les représentations influencent directement les comportements. Une méconnaissance des capacités réelles des personnes en situation de handicap visuel peut nourrir des barrières invisibles dans l’emploi, le sport, la culture ou les transports. Pour réduire ces écarts de perception, une meilleure information et des initiatives de mise en contact ou de pratique partagée apparaissent essentielles.



Références :

- IFOP pour UNADEV, novembre 2024.

- DREES, Le handicap en chiffres, 2024.



IV.B - L’invisibilisation de certaines réalités

Des formes de handicap ou des profils spécifiques demeurent particulièrement peu présents dans les représentations sociales. C’est notamment le cas des handicaps invisibles ou fluctuants, comme les troubles cognitifs, les douleurs chroniques ou les fatigues invalidantes. Peu perceptibles de l’extérieur, ces situations échappent souvent aux politiques publiques, qui restent centrées sur des dispositifs visibles ou sur des handicaps administrativement reconnus.

L’invisibilisation touche plus encore les femmes en situation de handicap, rarement représentées dans les campagnes de sensibilisation ou dans les discours sportifs. Comme le souligne la Fondation des Femmes dans son rapport de 2023 (Femmes et handicap : double peine), elles subissent une forme d’invisibilité croisée, au croisement de deux discriminations systémiques : le sexisme et le validisme. Le sport, souvent perçu comme un espace virilisé, peine à les intégrer dans ses récits institutionnels, et les figures féminines issues du handisport restent rares dans les médias.

Les jeunes adultes en situation de handicap ainsi que les personnes précaires ou isolées sont également peu représentés dans les dispositifs d’accompagnement comme dans les récits médiatiques. Cette absence contribue à une sous-estimation de leurs besoins réels et des moyens d'action nécessaires pour favoriser leur participation.



Références :

- Fondation des femmes, Femmes et handicap : double peine, 2023.

IV.C - Rôle ambivalent des médias et nouveaux vecteurs de sensibilisation

Au-delà des politiques publiques et des actions locales, les médias occupent une place centrale dans la fabrication - ou la remise en cause - des représentations liées au handicap. Alors que certains formats traditionnels véhiculent encore une image stéréotypée ou héroïsante, de nouvelles formes de narration gagnent en visibilité : documentaires engagés, podcasts spécialisés, campagnes sur les réseaux sociaux ou encore témoignages portés par des influenceurs concernés.

Ces productions contribuent à normaliser les parcours de vie, à faire connaître des handicaps moins médiatisés et à déconstruire les préjugés. Une étude IFOP menée en 2024 pour l’UNADEV révèle d’ailleurs que près d’un jeune sur deux affirme avoir découvert une réalité nouvelle liée au handicap visuel grâce à une vidéo partagée sur TikTok ou YouTube. Ces supports, plus accessibles et incarnés, viennent compléter les dispositifs institutionnels en atteignant des publics éloignés des canaux traditionnels.



Références :

- IFOP pour UNADEV, novembre 2024.



V - REDUIRE LES ÉCARTS, FAIRE ÉVOLUER LES REGARDS


Au fil des études, un constat revient avec insistance : les intentions inclusives affichées par une majorité de Français peinent encore à se traduire dans les comportements. Si 87 % des personnes interrogées se disent favorables à l’intégration des personnes en situation de handicap dans toutes les sphères de la vie sociale, près de la moitié admet ne pas savoir comment interagir avec elles au quotidien, notamment dans les loisirs et le sport (IFOP-UNADEV, 2024, p.7).

Dans le champ sportif, ce décalage se manifeste par une méconnaissance persistante des pratiques possibles et des freins structurels non levés, et pour cause, les actions en faveur de l’intégration sont souvent portées localement, par des structures peu médiatisées et faiblement coordonnées à l’échelle nationale (INJEP, 2024, p. 42).  

À partir des données disponibles, cette dernière partie propose d’identifier des moyens d'action d’action concrets, à travers trois axes complémentaires : valoriser les expériences de terrain, mieux accompagner les pratiques, et lutter contre les représentations stéréotypées.



Références :

- IFOP pour UNADEV, novembre 2024, p.7.

- INJEP, Pratique sportive des personnes en situation de handicap, édition 2024, p. 42.

V.A – Valoriser les expériences de terrain

Les initiatives locales portées par les associations, les établissements scolaires et les fédérations sportives constituent un levier essentiel pour rendre visible la diversité des pratiques et des publics. Ces expériences concrètes permettent de dépasser les représentations figées du handicap, en donnant à voir des formes de coopération, d’entraide et de réussite partagée.

Parmi les exemples notables, le guide Sport partagé publié par l’UNSS met en avant des projets menés dans des collèges et lycées, où des élèves personnes valides et en situation de handicap construisent ensemble des parcours d’activités physiques adaptées. Ces actions, bien que ponctuelles, produisent des effets durables sur les représentations des jeunes participants et de leur entourage (UNSS, 2024, p. 18-22).

Pour autant, la valorisation de ces démarches reste souvent limitée à des publications internes ou des communications institutionnelles. Comme le souligne l’INJEP dans son étude 2024, “les expériences de terrain manquent de relais pour être connues, documentées et soutenues dans la durée” (INJEP, 2024, p. 42). Une meilleure diffusion des retours d’expériences, la reconnaissance de l’expertise des associations de terrain, et la mise en réseau des acteurs engagés permettraient de transformer ces initiatives isolées en moyens d'action structurants pour l’intégration.

Pour mieux faire connaître ces actions, plusieurs moyens d'action peuvent être mobilisés : la diffusion sur les réseaux sociaux ou via des podcasts, l’organisation de temps d’échange ou encore la mise en lien entre associations grâce à des réseaux de partenaires. Ces moyens contribuent à valoriser ce qui se fait localement, à partager les bonnes pratiques et à encourager leur essaimage.



Références :

- UNSS, Guide du sport partagé, 2024, p.18-22.

- INJEP, Pratique sportive des personnes en situation de handicap, édition 2024, p. 42.



V.B – Accompagner la montée en puissance du sport inclusif local

Si les freins à la pratique sportive ont été largement identifiés (obstacles matériels, déficit d'encadrement, représentations sociales), certaines initiatives locales montrent qu’il est possible d’y répondre de manière pertinente, lorsque les projets s’ancrent dans une connaissance fine des réalités du terrain.

Des initiatives locales portées par des associations, des collectifs accompagnant des personnes déficientes visuelles, dans plusieurs régions, illustrent le potentiel de la course en binôme - personne voyante et non-voyante - pour favoriser une pratique partagée, développer l'autonomie des participants et changer le regard du grand public lors d’événements sportifs ouverts. 

Cependant, leur portée reste limitée, faute d’une structuration nationale ou d’un soutien durable. Certaines collectivités s’emparent activement du sujet, en intégrant le sport inclusif dans leurs schémas locaux, en formant leur personnel ou en réservant des créneaux adaptés dans les équipements publics. D’autres, en revanche, peinent à dépasser une approche ponctuelle ou événementielle, souvent dépendante de la mobilisation d’un acteur isolé.

Une meilleure mutualisation des expériences réussies, la création de réseaux inter-associatifs, ainsi qu’un soutien plus affirmé des fédérations sportives constituent des moyens d'action à renforcer pour généraliser les pratiques réellement inclusives.



V.C – Renforcer la connaissance et la visibilité des pratiques

La faiblesse des données sur la pratique sportive des personnes en situation de handicap limite la compréhension fine des besoins, des parcours et des freins rencontrés. Comme le souligne l’INJEP, les enquêtes nationales existantes restent peu précises sur les types de handicap concernés, les formes d’accompagnement mobilisées ou encore les contextes de pratique (INJEP, 2024, p. 15-16). Cette lacune statistique contribue à une occultation des réalités vécues, en particulier pour les publics éloignés du parasport institutionnel.

Au-delà des chiffres, c’est également la visibilité publique des pratiques qui reste faible. Si les Jeux paralympiques ou certains exploits individuels bénéficient d’une couverture médiatique ponctuelle, les pratiques quotidiennes, locales et ordinaires sont peu représentées. L’absence de récits diversifiés contribue à entretenir une vision héroïsante ou déficitaire du sport pratiqué en situation de handicap.

Pour corriger ce biais, plusieurs moyens d'action sont identifiés. La production d’indicateurs mieux segmentés (par type de handicap, genre, âge, territoire), la publication d’études qualitatives et la valorisation des expériences dans les médias et dans les formations professionnelles permettraient de mieux reconnaître la diversité des parcours. L’enquête menée par l’IFOP pour l’UNADEV (2024) souligne d’ailleurs que 75 % des Français souhaiteraient en savoir davantage sur la réalité du handicap visuel, preuve d’un intérêt qui ne demande qu’à être nourri (IFOP-UNADEV, 2024, slide 27).



Références :

- INJEP, Pratique sportive des personnes en situation de handicap, édition 2024, p. 15-16.

- IFOP pour UNADEV, novembre 2024, slide 27.







* * *






En conclusion, si les ambitions d’inclusion progressent dans les discours, de nombreux freins persistent dans les pratiques quotidiennes. L’enjeu n’est pas uniquement de sensibiliser, mais de transformer durablement les conditions d’accès à la pratique sportive pour les personnes en situation de handicap visuel. Cela suppose un engagement plus constant des acteurs publics, une meilleure valorisation des initiatives existantes, et une attention accrue aux formes d’exclusion moins visibles. En croisant les efforts institutionnels, associatifs et citoyens, il devient possible de rendre le sport plus accessible à toutes et tous.



Précédent
Précédent

Les nouveautés de my.binomes.org

Suivant
Suivant

Les chasubles de guidage, un outil essentiel pour un sport plus inclusif